Assimilation de la prostitution à un travail …OU COMMENT CAMOUFLER LA TORTURE SEXUELLE

            Lorsqu’on appelle « esclavage sexuel » « travail »,on entérine l’horreur.

Lorsqu’on appelle la soumission sexuelle des femmes « travail » face à la force coercitive de l’argent des hommes ,on nie que le commerce sexuel provient directement de la misère économique et sociale et de la hiérarchie patriarcale en vigueur.

Lorsqu’on appelle « travail des noirs  »  l’esclavage des noirs , on neutralise l’horreur de la domination, on invisibilise le rapport de force.

Lorsqu’on dit « travailleuses du sexe » on fait comme si le sexe d’une femme était dissocié d’elle-même, comme si la bouche, l’anus, ou l’utérus avaient une vie autonome de la femme .

Lorsqu’on dit « travailleuse du sexe » on fait oublier que la personne qui se prostitue  est une personne qui se fait violer à chaque « passe ».

Lorsque on dit » travailleuse du sexe » ,on tait que ce » travail » tue tous les jours.

Lorsqu’on dit « sexwork is work » on émet un énoncé pervers qui nous piège dans sa formulation même. On ne peut sortir de »le travail du sexe est un travail » parce que la phrase dit qu’il n’y a pas d’autre alternative.

Lorsqu’on assimile le sexage de la prostitution à un travail comme un autre  , on oublie que l’esclavage ne peut être amélioré dans ses conditions mais doit  être abolit pour ce qu’il est.

Lorsqu’on parle du « consentement », on avoue qu’il s’agit d’un rapport de force où le désir des personnes prostituées est foudroyé. Si il s’agit de consentement et non pas de désir alors l’intrusion corporelle est nécessairement un viol .Quant au désir du prostitueur : il a un tapis rouge.

Lorsqu’on parle de »travail du sexe » on humilie les personnes prostituées survivantes de la barbarie qui hurlent du bout de leur regard mort  par millions leur vécue deshumanisant ,clivant ,dissociant , que seule la violence engendre .

Lorsqu’on parle de »travailleuse du sexe » on parachève la colonisation du corps des femmes pauvres par les hommes au pouvoir d’achat. Dire que les « travailleuses du sexe » ont le droit de se vendre » c’est cacher que les hommes ont le droit de les acheter. » Et faire du violeur un client.

Justifier le « travail du sexe » pour palier la » misère » affectivo-sexuelle des hommes c’est insonoriser le cri de la misère sexuelle des femmes exploitées sexuellement. Clamer le droit de se prostituer c’est étouffer la clameur des milliards de femmes pauvres qui hurlent dans le silence le droit de ne PAS se prostituer. Le jour où toutes les femmes seront libres de ne pas vendre leur territoire corporel alors seulement on parlera de liberté et de libre choix. La liberté n’est rien d’autre que la possibilité de ne pas se soumettre. La liberté de tous sans l’égalité et la justice est toujours la liberté du plus fort : celle des clients prostitueurs. Arrétons de présenter la prostitution comme de la liberté sexuelle quand elle est son strict opposé :l’oppression la plus archaïque exacerbée par le libéralisme cannibal.

Proclamer le  « droit de se prostituer » est aussi absurde que de proclamer  « le droit d’être pauvre ».On « choisit » la prostitution comme on « choisit » de se suicider parce qu’on a aucun choix et que la vie est une impasse.

Parler de « travailleuses du sexe » c’est avoir une vision de l’émancipation féminine aussi étroite qu’une ceinture de chasteté .La vierge et la putain sont le même pieux planté dans le corps des femmes .Expropriées de nous-mêmes, des corps avec personne dedans.

Pire que le proxénète ou le flic, entendons-les le dire c’est le client prostitueur : « On sert de paillasson à des marteaux piqueurs « . La violence C’EST la passe ,et attirer l’attention sur les conditions de la passe relève de l’argument pragmatique hypocrite. Le huis-clos n’est pas sécuritaire, la chambre du viol qu’elle soit dorée ou insalubre reste un lieu de trauma.

Ecoutons les personnes prostituées qui comme Ulla dans les années 80 défendait le « Droit de se prostituer »et qui quelques années plus tard ajouta « Comment avez-vous pu me croire ? ».

            Et maintenant si quelqu’une ,quelqu’un est capable de sucer  60 bites par jour dans un box qui en compte une centaine à la chaine au Pays-Bas où oui la prostitution est un travail comme un autre qu’elle ou il se lève.

Il est plus que temps de lever le voile sur le regard conditionné qui empêche de saisir la barbarie que représente la prostitution.

            J’ACCUSE tous les pro – « travail du sexe » d’actes ultra-libéraux ,de collabos du patriarcat, d’éthique et de gestes proxénète  , de sexisme outrancier, bref :de conformisme cynique et ringard inconséquents parce que criminel.

Andrea DWORKIN survivante d’années de prostitution rappelle qu’il ne faut pas aborder le problème prostitutionnel comme d’une question à débattre mais comme une question de vie ou de mort.Nous sommes collectivement coupables de crimes contre l’humanité au bas de notre porte , rien n’est plus simple que de les faire cesser : il suffit de le décider.

STOP AUX VIOLS EN SERIE SERIELLE TARIFES !

Toute élucubration intellectuelle qui légitime la violence institutionnelle mérite le mépris de ses mépris. Nous n’avons plus à subir la logique haineuse des prostitueurs et toute riposte de notre part est légitime défense face aux attaques réelles et symboliques qui sont perpétuées à chaque seconde dans le monde.

NOUS SOMMES TOUTES DES PROSTITUEES

 Et maintenant, que chacune et chacun se positionne par son geste face à la réalité de l’industrie du viol. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas: le porno, cette prostitution filmée, ne se cache plus, il est la première attraction d’internet. Les femmes de pays entiers, de l’Ukraine à la Thaïlande sont vendues aux prostitueurs, le tourisme du viol explose. J’affirme que ne rien faire c’est être collabo de l’innommable. Chacune et chacun doit choisir son camp dans cette guerre colonisatrice du corps des femmes.

 Solveig HALLOIN , 29 août 2014

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