Il n’y a pas plus esclaves de la liberté que tout ceux et celles qui refusent le lien. Dissocier l’affectivité, la rencontre des corps de la sexualité rend inévitablement la rencontre sexuelle mécanique, pauvre et débile. La sexualité qui rompt avec le tendre de la peau, le saut dans l’inconnu de l’altérité, le risque de l’autre, n’a jamais cessé d’être une misère humaine et sexuelle. Une sexualité sans le lien affectif a toujours été un gadget misérable, une comédie grotesque, un mimétisme au discours de propagande pornographique.

Une reproduction des gestes pourfendeurs de chairs dont, s’ils aboutissent à l’orgasme, sera de la jouissance sadique. La pornographie est un continuum de l’holocauste où les femmes sont assassinées dans leurs dignités, embrochées par leurs orifices, chosifiées pour faire brochettes dévorées par le regard scopique cannibale des hommes. La pornographie est fascisme sexuel barbare, impensable. Que se passe-t-il pour que la planète entière regarde quotidiennement ce qui est impossible à penser ? Comment l’abominable peut-il être devenu l’oxygène de Mr tout le monde ? Comment l’apocalypse du lien humain est-il en train de devenir un divertissement quotidien ? L’humanité est actuellement en train de se branler devant la shoah des femmes. Les plaisirs sont en train de devenir des plaisirs sadiques. Sans le sentiment, c’est la chair qui devient chose. L’être qui devient viande. Derrière la viande il y a un crime. Un corps viandisé est un corps violé.

Le porno c’est l’apocalypse des sentiments, du grandguignol de psychopathes, du grotesque se prenant pour du sublime ; quoi de plus ringard et abominable à la fois que ces mise-en-scènes sadiennes ? Sade, ce pauvre type, ce pervers sans imagination, minable du désir, fossoyeur des dignités, faisant de la danse amoureuse une foire aux sévices.

Seul le discours mensonger sur ce qu’est la pornographie lui permet d’exister. Si la viande est un meurtre, le porno est du viol où la contrainte à la pénétration exercé sur les “actrices” -devenues poupées de chair, marionnettes farcies à la misogynie- est une contrainte d’argent, au minimum … Sans les sous-titres fallacieux de “liberté sexuelle”, le voile tombe et le regard se met à voir ce qu’il voit : de la torture mécanique, des jeux de rôles misogynes, l’endurance de marteaux pilons croyant marquer des points dans la quantité des pistons. Le porno c’est la torture élevée au rang de sport, le viol zieuté de la passe filmée, le viol spectacle perpétuel.

Faire l’amour est devenu faire du sexe. Quand les corps se morcellent et que le film de la mise-en-barquette se consomme massivement, il n’y a plus aucun espoir de civilisation. Il n’y a pas de limite dans la surenchère du pire. Les êtres vivants y sont des choses, les femmes y sont des chiennes et les chiennes mangées en ragoût. Le cannibalisme des femmes, des enfants et des animaux est la substance la plus certaine du capitalisme. Le corps marchandise doit se vendre et s’acheter, à toutes les étapes de sa consommation. “Tout est bon dans la cochonne”, de son dépucelage pédophile, à sa sodomie enceinte en passant par le prolapse de ses entrailles, les viols compétitifs du gangbang, la “cochonne” violée par un chien battu pour pénétrer une humaine. Son sang, ses larmes et sa merde seront marchandisés, consommés, avalés par l’ogre couillocrate. LEGALEMENT.Et perversion ultime, cette fin du monde se fait passer pour un épanouissement. Le droit a validé sa fin. Le marché misogyne achève de pulvériser les droits des femmes. La boucherie se fait passer pour du “vivre ensemble”. La guerre est devenue la paix. Si nous n’arrivons pas à nommer le porno pour ce qu’il est, nous ne pourrons jamais l’abolir. Le porno est un robinet à viol qui EST du viol et FAIT DISCOURS APOLOGISTE du viol. Le porno n’est pas fiction, il est réel et fait discours. Une « passe » est un viol et le porno est du viol filmé. Le viol est plébiscité quand il fait spectacle et quand il est monnayé, comment voulons-nous qu’il cesse de s’exercer autrement ? La société entière est dans une dissonance cognitive au sujet de ce crime, sans abolition de la pornoprostitution les viols vont continuer de se normaliser. Bientôt, plus aucune femme ne saura ce que c’est qu’un rapport des peaux sans être chosifiée comme sac à sperme, comme viande à foutre. Le déni des femmes sur l’effroi pornographique nous mène à une fin du monde inconsciente d’elle-même. La shoah sexuelle est à l’oeuvre et elle s’appelle « liberté ». Si l’holocauste continue de se banaliser par sa légalité, nous ne saurons bientôt plus à quoi ressemble l’existence.

L’abomination initiale du sexage patriarcal – instaurée par la domination des hommes créant une hiérarchie politique à partir de l’anatomie sexuelle – nous amène inéluctablement à sa phase finale de sextermination. Il faut abolir le sexage, autrement appelé “genre”, et criminaliser la sextermination, autrement appelé pornographie, cet acte et spectacle de la torture sexuelle des femmes.

Solveig Halloin, 18 mars 2016

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