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…La Mère et la Putain c’est la même chose… Les hommes ont créé ces deux représentations misogynes fondamentales pour initialiser nos rivalités. La maternité essentialisée est sexisme, la femme contrainte de vendre ses viols essentialisée et archétypée en « Pute » est sexisme. La Mère et la Pute n’existent que dans le regard des hommes à qui appartient mépris ou idéalisation. L’idéalisation contenant en germes le rejet de haine. Idéaliser étant l’annonce d’une destitution à venir, une violence en creux, le rapt d’une auréole que le haineux aura lui-même attribué. Le fan est fanatique, l’idéalisateur iconoclaste. Et Le patriarcat n’aime pas qu’une femme concilie des injonctions voulues contradictoires sans que le syncrétisme vienne de lui…

Quand à Ovidie…son aliénation est profonde… Elle creuse sa tombe croyant en soulever le couvercle, le tout guidé par une volonté d’existence médiatique qui viendra lui dire qu’elle a de la valeur. Le patriarcat valorise celle qui montre publiquement que les femmes n’ont pas de valeur. C’est une collabo égocentrique qui ne voit pas que le porno est barbarie perverse, viol perpétuel, qui humilie et torture des femmes réelles pour faire discours de rage contre les femmes. Le propos misogyne qui érotise le viol est imprégné immédiatement par n’importe quel spectateur de cette guerre contre les femmes, puisque le plaisir orgasmique de la masturbation sera associé à la scène d’oppression… Le porno est l’arme contemporaine de destruction massive des femmes et des enfants.

Le porno est obsédé par la transgression de l’interdit puritain qu’il réactualise sans cesse. Le porno est le summum de la misère sexuelle, il mentalise l’interdit et instrumentalise les corps et leurs génitalités pour gesticuler ses diables. La peau n’existe plus, le contact de la peau n’existe plus, il n’y a qu’une tête qui délire de surenchères sadiques. Et la mort n’a plus de saveur quand la femme réelle a disparue depuis longtemps.

Le porno c’est l’effroi, le trauma, l’impensable incarné sans pouvoir être pensé. Toute femme qui est passée à travers ce miroir sait de quoi je parle…à condition d’en revenir. Beaucoup sont addicts à leur propre mort, d’autres tentent de se sevrer, d’autres encore réactualisent le trauma de leur chosification, traînent leur corps-escarre à la recherche de sensations anesthésiantes, d’autres cherchent une résurrection narcissique par une notoriété de leur suicide lent.

Le porno tue par dissociations successives : le plaisir des corps est dissocié de l’affectif, les femmes se dissocient de leur corps, le corps est dissocié en orifices sexuels, jusqu’aux organes eux-mêmes… Reste la mécanique ennuyeuse boostée par l’intensité de la perversion et le voyeurisme tortionnaire qui nous rend acteur et actrice du viol par regard interposé. La caméra subjective nous rend criminels, le plaisir sadique est une drogue dure. Le porno empêche la position de témoin du viol filmé et fait de nous des jouisseurs de crimes. Mater du viol en caméra subjective c’est violer la femme réelle. Nous sentons que l’infraction psychique est abominable et laissons collectivement les sous-titres du porno perdurer : « liberté »,  »expression » …quand il s’agit de crimes d’inhumanité bien réels.

Tout spectateur de porno est acteur de porno. Le spectateur de porno est déjà un violeur, demain acteur de viol. Regarder du viol c’est violer du regard. Et vouloir être vu violant.

Solveig Halloin, 1er septembre 2015

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